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Asthme et allergies respiratoires


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4. Les voies de recherche sur les nouveaux traitements

Les résultats les plus spectaculaires ont été obtenus dans les domaines de l'aménagement de l'environnement, avec des essais d'évitement et d'éviction des allergènes, et grâce à la possibilité nouvelle de mesurer localement et de façon précise la quantité d'allergènes.
Au vu des résultats, les médecins chercheurs estiment que la moitié des asthmes de l'enfant pourraient être ainsi évités.
 
Différents travaux ont montré que plus un enfant est soumis tôt aux allergènes, et de manière plus intense, plus l'allergie sera sévère, et donc plus les conséquences sur l'appareil respiratoire seront importantes. Si l'on retarde la date d'exposition aux allergènes au-delà de la période de maturation de l'appareil respiratoire (vers deux ans et demi-trois ans), moins on risque d'avoir des séquelles sévères d'allergisation précoce.
 
En effet, il a été démontré qu'au cours des deux ou trois premières années de la vie, et déjà dans le sang du cordon ombilical, l'enfant a une majorité de TH2 par rapport aux TH1, tout simplement parce que durant la grossesse, la mère a eu elle-même une majorité de TH2 et ce, qu'elle soit ou non elle-même allergique. Les TH2 protègent le foetus qui, en terme immunologique, peut être considéré comme un "corps étranger" (i.e. reconnu comme "non-soi"). En effet, si la mère avait une majorité de TH1 (ce qui n'est pas le cas), ces cellules pourraient exercer leur fonction habituelle, c'est-à-dire défendre l'organisme contre les cellules étrangères, dont celles du foetus.
On comprend ainsi que les deux premières années de l'enfant soient une période critique où l'on se sensibilise plus facilement aux allergènes, y compris alimentaires, dans le système IgE.
Tous les enfants naissent donc avec une prédominance des TH2, qui s'atténue et disparaît au cours des deux ou trois premières années, pour conduire à l'équilibre "normal" avec une très large majorité de TH1.
 
Deux microgrammes (2 µg) d'allergènes d'acariens dans l'atmosphère suffisent pour rendre allergique (sensibilisation) et 10 µg suffisent à déclencher la crise après cette première sensibilisation. Il est donc essentiel de prendre un maximum de précautions.
Contre les acariens, les spécialistes préconisent de retirer de la chambre, avant de dormir, les vêtements de la journée.
Pour les enfants surtout, ils recommandent la suppression de la moquette. Les enfants en bas âge se déplacent souvent à "quatre pattes" par terre et créent des "aérosols" d'acariens en permanence.
A favoriser : les surfaces lisses ; les fibres synthétiques lavées (à 60° ou 65°) au moins une fois par mois ; les lits aérés, les housses de plastique entourant les matelas et les oreillers, les sommiers "tapissiers" et l'usage, si nécessaire, de bombes acaricides sur les tentures, double-rideaux, etc.
 
La désensibilisation fait régulièrement l'objet de polémiques. Elle est exceptionnellement pratiquée en Angleterre, pour des raisons d'effets secondaires et de pharmacovigilance, mais nullement pour l'absence d'efficacité. Elle est admise aux Etats-Unis. En France et dans les pays latins, les médecins ont plus volontiers recours à cette technique, à condition que les indications soient clairement posées.
A partir du moment où l'on démontre l'origine allergique d'un asthme ou d'une rhinite, ils proposent d'abord et avant tout des mesures d'éviction de l'allergène, puis une désensibilisation spécifique à cet allergène pendant une période moyenne de 4 ans. Mais attention, l'asthme doit être préalablement équilibré par les médicaments sinon la désensibilisation risque d'être inefficace ou de provoquer des crises sévères.


Les nouvelles molécules

Pour traiter la crise, les patients disposent actuellement de bronchodilatateurs puissants, associés éventuellement aux corticoïdes par voie générale. Quant au traitement de fond, il repose surtout sur l'éviction des facteurs déclenchants mais aussi sur des traitements aux anti-inflammatoires et aux corticostéroïdes inhalés (CSI). Trop souvent, les CSI ne sont pas utilisés ou le sont trop tardivement en raison de craintes injustifiées sur les effets secondaires. Or les CSI jouent sans doute un rôle majeur, dans la protection des lésions tissulaires (fibres musculaires lisses et collagène) qui déterminent à plus ou moins long terme le caractère irréversible de certains troubles respiratoires.

L'avènement de bronchodilatateurs inhalables et à effets prolongés permet d'améliorer l'évolution des asthmes.

Les "anti-leucotriènes" récemment commercialisés aux Etats-Unis, font encore l'objet d'études cliniques en France. Ils devraient être mis sur le marché dans les prochains mois.
Leur principe ? Quand la cellule cible est activée par un allergène, elle fabrique aussi des leucotriènes, connus pour favoriser l'inflammation et la bronchoconstriction. D'où l'intérêt de substances qui s'opposent à leur action.
Il en existe deux types : celles qui ressemblent aux leucotriènes et qui vont entrer en compétition avec eux sur les récepteurs cellulaires ; et celles qui bloquent la fabrication des leucotriènes.

Autre voie de recherche, les anticholinergiques avec des produits qui devraient sortir d'ici trois à quatre ans sur le marché. Au niveau des bronches, se trouvent des muscles commandés surtout par le système parasympathique (via le nerf vague). Ce nerf agit sur les muscles par un médiateur chimique, l'acétylcholine. En mettant au point des anticholinergiques spécifiques, exclusivement actifs au niveau des bronches, on espère abaisser leur réactivité.
Les études actuelles faites en Angleterre par Peter Barnes semblent très prometteuses.

A plus long terme, dans la même démarche de pharmacologie classique, les chercheurs espèrent agir sur les autres médiateurs chimiques impliqués dans l'allergie (histamine, prostaglandines, interleukines, chémokines, etc.) en bloquant leurs récepteurs.

Un travail publié dans la revue Nature (20 février 97) évoquait une stratégie radicalement nouvelle pour soigner l'asthme. Une équipe américaine a réussi à inhiber la réponse bronchique chez des lapins allergiques exposés aux acariens.
Comment ? En agissant sur une substance : l'adénosine. On a confirmé qu'elle avait bien des effets bronchoconstricteurs, alors que ce n'était jusqu'ici qu'une hypothèse. Ceci ouvre donc la voie à des travaux classiques visant à bloquer ce récepteur. Mais les américains, eux, ont opéré de manière radicalement différente. Loin d'agir sur le récepteur, ils ont inoculé aux lapins des substances "antisens" dirigées contre l'ARN messager d'un récepteur à l'adénosine.
Un "antisens" est un brin qui va s'associer par complémentarité avec l'ARN messager et empêcher sa traduction en protéine. Et si il n'y a pas de protéine, il n'y a pas de récepteur à l'adénosine, donc impossibilité pour cette substance d'agir. Bien que compliquée, cette stratégie semble efficace, au moins expérimentalement chez le lapin.

Une autre voie toute nouvelle, et déjà très avancée, est l'utilisation d'anticorps humanisés ou d'anticorps chimères. Il s'agit d'une reconstruction, par génie biologique qui consiste à "greffer" la fonction anticorps d'une immunoglobuline obtenue par clonage chez une souris à la partie invariante d'une immuglobuline humaine. Cette nouvelle immunoglobuline est ensuite produite par génie biologique : elle garde la partie anticorps de la souris, peu immunisante pour l'homme et la partie "humaine", par principe non sensibilisante. De tels anticorps à visée thérapeutique, sont en cours de développement avec des résultats extrêmement intéressants dans les allergies aux divers pollens et plus récemment dans l'asthme allergique.


Etienne Rica
Octobre 1997 - Actualisé en juin 2000


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