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Assistance médicale à la procréation (AMP)



3. Quels sont les risques et les difficultés auxquels sont confrontés les couples demandeurs d’AMP ?

Aujourd’hui, un embryon, au lieu d’être obtenu après fécondation d’un ovocyte par un spermatozoïde sélectionné parmi des millions, peut être obtenu après fécondation d’un grand nombre d’ovocytes par une très petite quantité de spermatozoïdes…
Ainsi, les techniques d’AMP permettent-elles de parvenir à des conditions de fécondation et de procréation, certes très éloignées de celles de la « nature », mais augmentant considérablement le taux de fertilité des couples qui, sans elles, n’auraient peut-être jamais pu prétendre à la procréation. Mais ces progrès ont un « coût » qui ne doit pas être ignoré des personnes susceptibles d’en bénéficier.

Les risques médicaux liés à la technique

Le risque majeur de la FIV est celui des grossesses multiples (23 % sont des grossesses gémellaires, 3,5 % des grossesses triples). En effet, du fait du grand nombre d’embryons générés in vitro, plus on transfère d’embryons, plus les chances de grossesse sont imporantes, mais également plus le risque de grossesse multiple augmente. Or, les conséquences des complications obstétricales de ces grossesses toujours pathologiques et des risques pédiatriques qui leur sont consécutifs (en particulier, les séquelles de prématurité) sont majeures et doivent être maîtrisées.
C’est pourquoi la solution adoptée par les centres d’AMP français a été de limiter le nombre d’embryons implantés à trois (avec, si le couple le souhaite, congélation des embryons non replacés) ou de recourir à la réduction embryonnaire (élimination des embryons « surnuméraires » dans l’utérus), interruption sélective de grossesse qui n’est pas sans risques de fausse-couche complète. On imagine les effets psychiques désastreux de telles méthodes sur des femmes dont le plus grand souhait est de donner la vie…
Cependant, une étude réalisée sur onze mères ayant accouché de triplés (dont dix après traitement pour infertilité) à la maternité de Baudelocque à Paris montre la grande détresse psychique de ces femmes fatiguées mais culpabilisant de demander des aides, isolées socialement et souvent en difficultés relationnelles conjugales.
Soulignons également que, dans un peu moins de 5 % des grossesses débutant après FIV, les embryons s’implantent en dehors de l’utérus, le plus souvent sur la trompe. La grossesse extra-utérine tubaire impose alors une prise en charge en urgence. Enfin, malgré les progrès accomplis, le taux de réussite obtenu par la technique du transfert embryonnaire reste relativement bas : de l’ordre de 15 %.

 
Les risques sur la mère à court et moyen terme

En outre, l’hyperstimulation hormonale induit de forts risques de grossesses multiples et peut engendrer des déséquilibres pouvant se traduire par la formation de kystes ovariens et une augmentation du volume des ovaires parfois associée à un épanchement séreux. Le risque cancérigène sur les ovaires, bien que non démontré, n’est pas écarté et impose également un suivi au long cours des femmes traitées.
Une large enquête prospective nationale a été lancée afin d’établir un lien éventuel entre la survenue ultérieure de cancers de l’ovaire et les traitements stimulant l’ovulation.

 
Les risques sur l’enfant ne sont pas démontrés

Jusqu’à présent, aucune étude menée sur des enfants nés par FIV, ICSI et par voies naturelles ne fait état de risques de malformations significativement différents.
Cependant, pour certains praticiens comme Sylvie Epelboin (Responsable du centre d’AMP de la maternité de Saint-Vincent-de-Paul
), « le suivi des enfants est un enjeu majeur, tant médicalement que dans la perspective de répondre aux légitimes interrogations des parents sur l’issue et le développement de ces grossesses ».
La difficulté de ce suivi tient d’abord au grand nombre de « perdus de vue » (environ un sur deux), dû au refus des couples, à l’issue de leurs longues épreuves, de maintenir un lien avec le milieu médical.
En second lieu, selon Bernard Jégou, « une réflexion apparaît nécessaire concernant la conception de ce suivi, actuellement pris en charge par le milieu médical lui-même. En effet, malgré le sérieux du travail réalisé, les médecins se trouvent, de fait, à la fois juges et parties, position qui ne favorise pas la mise en place d’un outil totalement adapté à l’ensemble des besoins. Il conviendrait donc d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur cette situation. »
 
En revanche, le risque qu’un garçon né par ICSI hérite de la stérilité de son père est bien réel. Ce paradoxe d’une « stérilité héréditaire » ne va d’ailleurs pas sans poser un véritable problème éthique et sans appeler une réflexion psychanalytique.

 
Un «coût» psychologique important pour les couples

Cependant, au-delà de tous ces risques, qui sont malgré tout connus et contrôlés par les médecins et les chercheurs, le « coût » le plus fort à payer par les couples candidats à l’AMP est celui du long et douloureux parcours thérapeutique qu’il leur faudra subir et à l’issue duquel le succès n’est pas certain.
Face à un corps médical mal préparé à accompagner cette souffrance, les couples vivent ces épreuves avec un sentiment oppressant d’échec et de culpabilité. Ainsi, « la logique vétérinaire » prévalant dans les traitements d’AMP et dénoncée par la psychanalyste Marie-Magdeleine Chatel (Malaise dans la procréation, Albin Michel, 1993, réédité en 1998) ne permet pas aux patients de se faire comprendre et d’affirmer leur désir, leur identité et leur autonomie face au pouvoir du discours médical.
 
En réalité, l’AMP a introduit une véritable révolution dans les conditions de la fécondation. Selon Simone Novaes (Sociologue au centre de recherche « Sens, éthique, société » du CNRS), celle-ci « ne se réalise plus "à deux" et dans l’intimité du couple, mais crée un nouveau cadre social qui déplace le lieu de la fécondation vers l’institution médicale et modifie l’acte fécondateur lui-même ».
Aussi les questions qu’elle pose dépassent-elles largement le cadre individuel des familles pour interpeller les fondements mêmes de notre fonctionnement social.
 



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