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Hommage à Jean Bernard

14/02/2007
ImageLa Fondation pour la Recherche Médicale, présidée par Pierre Joly,
Président du Conseil de surveillance, rend hommage à son co-fondateur.

Jean Bernard nous a quittés. Il aurait eu 99 ans le 26 mai 2006. Pendant près d’un siècle, ce grand savant, médecin, résistant homme nous aura donc éclairés de son intelligence et de son humanisme exceptionnels. Avec lui, la Fondation pour la Recherche Médicale perd le dernier de ses fondateurs.

Sa discrétion ne doit pas nous tromper : le Pr Jean Bernard était l’une des grandes figures de notre pays. Élève brillant, il rêve de devenir écrivain ou médecin. Mais, redoutant d’être un écrivain moyen, Image il choisit la seconde option : « La médecine me parut allier l’humanisme et mon goût pour les sciences, » écrit-il dans son récit autobiographique, C’est de l’homme qu’il s’agit [1]. En revanche, il ne cache pas que c’est le hasard qui l’oriente vers les maladies du sang. Nous sommes en 1929 et l’hématologie est, de son propre aveu, « une discipline ésotérique ». Il y consacrera pourtant sa vie de chercheur et de médecin pour contribuer à la compréhension et à la guérison des leucémies. Avec une volonté farouche : porter secours à ceux qui souffrent.

Cet engagement total dépasse le domaine médical. Lorsque la guerre éclate, le jeune médecin est l’un des tout premiers à rejoindre la Résistance, en septembre 1940. En 1942, il dirige un réseau dans le Sud-Est de la France. Bien qu’arrêté par les Allemands, il reprendra dès sa libération sa « double vie de médecin et de conspirateur ».

En 1946, il forme avec douze autres spécialistes des sciences médicales, le « Club des 13 », creuset de la nouvelle recherche médicale en France. Un an plus tard naît l’Association (devenue Fondation) pour la Recherche Médicale : « Il nous fallait beaucoup plus d’argent pour avancer », nous confiait récemment Jean Bernard.

Il accumule pendant 40 ans les titres et les honneurs sans jamais perdre de vue l’essentiel : l’être humain. Il est professeur de cancérologie, médecin chef de service à l’hôpital Saint-Louis, professeur de clinique des maladies du sang, directeur de l’Institut de recherche sur les leucémies. Il fait partie du « Comité des douze sages » qui conseille le Général de Gaulle dans l’orientation de la recherche en France. Il est aussi le premier président du Comité consultatif national d’éthique.

Ami de Paul Valéry et de Jules Romains, Jean Bernard deviendra finalement l’écrivain qu’adolescent il n’avait pas osé être : il a signé près de 35 ouvrages dont quelques-uns ont plus à voir avec la poésie, la fiction ou la réflexion philosophique qu’avec la médecine.
Entre 1972 et 1975, à « l’âge où l’on vous demande d’écrire des préfaces et où l’on vous laisse gagner au tennis contre des jeunes », ainsi qu’il le disait avec malice, il est tour à tour élu à l’Académie des Sciences, à l’Académie de médecine et à l’Académie Française. Mais pour cet « Immortel », nul rêve d’immortalité : en sage et en scientifique, il considère en effet que la mort est indispensable au renouvellement de la vie, de la culture, de la société…

Pour Pierre Joly, un patron et un ami
« Il a toujours soutenu avec force l’action de la Fondation pour la Recherche Médicale à laquelle il est resté fidèle. La confiance qu’il m’a donnée ne s’est jamais départie, ajoutant ainsi à mon émotion, confie Pierre Joly, Président du Conseil de surveillance de la Fondation. Le meilleur moyen que nous avons pour lui rendre hommage aujourd’hui est de continuer à oeuvrer avec la détermination qui était la sienne en faveur de cette cause qui est certainement une des plus belles : aider, pour la faire progresser, toute la recherche médicale. »

[1] Parue aux éditions Odile Jacob, en 1988.


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