1. Quelques éléments de définition sur les maladies ostéoarticulaires
Ce sont des maladies qui touchent le squelette, l’os, le cartilage, les tendons et les ligaments.
Certaines sont plus fréquentes chez les personnes de plus de 50 ans : ce sont l’arthrose qui atteint le cartilage et l’ostéoporose qui fragilise les os augmentant le risque de fractures.
Ces maladies dites dégénératives sont associées au vieillissement.
Notre squelette n’est pas une structure inerte : par millions, des cellules appelées ostéoclastes dégradent l’os, qui est rebâti par d’autres cellules, les ostéoblastes, assurant ainsi un perpétuel remaniement. Dans les maladies dégénératives, les cellules en charge de synthétiser l’os ou le cartilage ont un anabolisme réduit et la quantité de ces tissus diminue.
Ces pathologies dégénératives sont sources de douleur et d’handicap.
Le diagnostic d’ostéoporose est trop souvent fait au décours d’une fracture dont les conséquences peuvent être plus ou moins graves. Les principales fractures ostéoporotiques sont celles du col du fémur, des vertèbres et des poignets. Elles touchent 40% des femmes et 16 % des hommes de plus de 50 ans.
L’arthrose est également très fréquente mais pas toujours douloureuse. Par exemple, chez 75% des femmes de 65 à 75 ans on observe des lésions radiologiques d’arthrose digitale, et chez 35% d’entre elles de l’arthrose des genoux.
Les maladies du système ostéo-articulaire peuvent aussi être inflammatoires et atteindre des sujets de tous âges. La pathologie la plus fréquente et la polyarthrite rhumatoïde qui atteint environ 0,5% de la population (fréquence maximum chez les femmes âgées de 30 à 50 ans), mais aussi d’autres pathologies inflammatoires comme les pelvi-spondylites rhumatismales.
2. Les défis de la recherche
2.1. Développer de nouveaux médicaments

Afin de développer des médicaments efficaces contre les affections osseuses et articulaires liées au vieillissement, il faut trouver de nouvelles cibles thérapeutiques. C’est en améliorant nos connaissances sur la physiopathologie de l’os et du cartilage que nous trouverons ces cibles.
Les chercheurs qui travaillent dans ce domaine étudient les mécanismes impliqués dans la synthèse du tissu de soutien. Ces recherches se font aussi bien sur des cultures de cellules in vitro, ou in vivo chez des animaux dont certains gènes ont été modifiés afin d’en étudier le rôle dans les pathologies osseuses ou articulaires. Cette dernière approche est actuellement la plus porteuse d’espoir car elle a déjà permis des avancées thérapeutiques notables dans le traitement de l’ostéoporose. Pour les maladies du cartilage, les applications thérapeutiques restent plus balbutiantes.
2.2. Développer une stratégie pour le remplacement tissulaire
La thérapie cellulaire est en plein essor dans de nombreuses pathologies. Dans les maladies du squelette aussi on pense que le remplacement cellulaire pourrait permettre de palier à des défauts dus au vieillissement ; ceci nécessite plusieurs mises au point et parfois l’association d’un matériau avec des cellules. Dans le cadre de ces recherches il semble important de bien connaître le développement embryonnaire des tissu ostéo-articulaires ainsi que les mécanismes de différentiation des cellules osseuses, cartilagineuses et tendineuses. Le but est d’utiliser des cellules facilement accessibles d’autres tissus (graisse par exemple) qui sont susceptibles, dans certaines conditions, de se transformer en cellules squelettiques. Ce type de traitement n’est envisageable que pour des pertes osseuses ou cartilagineuses localisées.
2.3. Mettre au point de nouvelles méthodes de dépistage de ces pathologies
En utilisant des tests biologiques ou des méthodes d’imagerie spécifiques de ces tissus, on va pouvoir détecter les maladies plus précocement, et apporter de manière spécifique des médicaments vers ces tissus. La mise au point de tests sanguins prédictifs de l’évolution de la maladie est également un des objectifs. Les recherches en génétique sont également très importantes car ces pathologies du vieillissement sont en partie héréditaires, liées sans doute à des variants de plusieurs gènes qui influent chacun un peu sur le risque de survenue de ces pathologies.
3. Le niveau de la recherche en France
Malgré une sous-représentation numérique (moins de 5% des unités de recherche de l’INSERM et du CNRS), les chercheurs français impliqués dans la recherche sur les maladies ostéo-articulaires ont permis des avancées majeures pour plusieurs de ces pathologies.
Ainsi par exemple, c’est grâce à la découverte par des chercheurs français d’un des antigènes responsable de la polyarthrite qu’un test diagnostique et pronostique de la maladie a été mis au point.
En ce qui concerne la recherche sur l’ostéoporose, des marqueurs sériques permettant d’évaluer le risque de fractures et de nouveaux gènes responsables de l’activité anabolique des cellules osseuses ont été mis en évidence.
Dans le domaine de l’arthrose, des gènes modulant l’activité de synthèse des chondrocytes ont aussi été découverts.
Enfin, des chercheurs français ont montré qu’il était possible de réparer des pertes osseuses en utilisant des cellules de la moelle fixées sur des biomatériaux naturels (corail).
Développer la recherche dans le domaine ostéo-articulaire en France nécessite :
- d’attirer des jeunes chercheurs vers ce domaine, donc faciliter le retour en France de ceux partis acquérir une formation complémentaire à l’étranger
- de développer des plateaux techniques qui manquent cruellement aussi bien pour l’exploration des modèles cellulaires et expérimentaux que pour les études à partir de prélèvements humains.
4. L'appel d'offres et ses principaux résultats
La Fondation pour la Recherche Médicale a lancé en 2008 un appel à projets doté de 3 millions d’euros dont l’objectif est de financer des recherches sur les bases biologiques du vieillissement des os et des articulations.
Les projets ont été évalués par des experts internationaux. Le Comité de pilotage de l’appel d’offres, constitué de sept spécialistes français, a effectué la sélection finale à la fin de l’année 2008 sur la base de la qualité des projets et des perspectives de mise au point de nouvelles approches diagnostiques et thérapeutiques.
Les 15 projets sélectionnés concernent de multiples aspects du vieillissement ostéo-articulaire.
Ainsi, plusieurs recherches portent sur les facteurs favorisant ce vieillissement : stress mécanique, gènes de prédisposition, anomalies métaboliques, hormonales ou immunitaires. D’autres sont ciblées sur la mise au point de diverses techniques d’imageries originales. D’autres encore ont pour objet de bloquer les processus de vieillissement ou encore d’utiliser la thérapie cellulaire pour régénérer les structures abîmées.