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14/12/2007
La France dispense une formation de qualité, mais assiste à une fuite de ses jeunes chercheurs vers les laboratoires étrangers. Faut-il s’en inquiéter et comment rendre le système français plus attractif ? Trois personnalités engagées dans la recherche médicale française en débattent. |
| Martine Aiach : Je suis préoccupée mais je reste optimiste. La compétition est mondiale et les découvertes profitent à l’humanité toute entière. On ne peut pas aujourd’hui faire de recherche sans contacts internationaux. Malheureusement, on a l’impression que davantage de chercheurs français s’installent à l’étranger que le contraire. On peut donc se poser des questions sur le manque d’attractivité de notre système de recherche. C’est pourquoi la Fondation pour la Recherche Médicale, qui a une vocation pluridisciplinaire – ce qui donne davantage de poids à son initiative –, vient de lancer une grande campagne de mobilisation pour l’avenir de la recherche médicale en France. Christian Bréchot : Il y a de la part des jeunes chercheurs français une attraction pour l’étranger, en particulier pour l’Amérique du Nord et le Royaume- Uni. | ![]() | Dans le domaine biomédical, cette fuite des cerveaux est plus limitée que ce que l’on croit, même s’il faut bien reconnaître que des gens extrêmement brillants s’expatrient. Pr Alain Fischer : Il faut partir d’une notion cruciale : il est absolument fondamental que les jeunes chercheurs circulent d’un laboratoire à l’autre et d’un pays à l’autre pour apprendre leur métier et stimuler leur créativité. Beaucoup d’entre eux savent qu’il est bon pour leur formation professionnelle de passer deux ou trois ans à l’étranger, même si ce n’est pas une règle absolue. Cet exil est bénéfique tant qu’il n’est pas trop long. Cela devient dommageable pour la France quand un chercheur, jeune ou moins jeune, quitte la France et ne revient plus. La France qui l’a formé ne profitera pas de ses qualités de recherche, c’est le pays d’accueil qui en profitera. ■ |
| A. F. : Un ensemble de facteurs entrent en ligne de compte. Aujourd’hui, les salaires des chercheurs en France sont médiocres, comparés aux salaires nordaméricains mais aussi du Nord de l’Europe. Or, les jeunes sont plus sensibles que les générations antérieures aux conditions de salaire. De plus, les grandes universités américaines et certaines universités européennes sont plus capables que nous d’offrir de bonnes conditions de travail, au-delà du salaire. Beaucoup proposent un « package », c’est-à-dire, indépendamment du salaire, une surface de travail et de l’argent pour s’installer professionnellement et recruter du personnel. En France, peu de structures ont cette capacité. Enfin, autre aspect qui compte : évoluer dans un environnement scientifique stimulant avec la présence de grands chercheurs sur le même campus, et bénéficier de locaux modernes et spacieux. | ![]() | En France, trop souvent malheureusement, les locaux ne sont pas en bon état. C. B. : Deux aspects sont liés. D’une part, il faut souligner l’absence de visibilité sur les carrières de la recherche en France pour les jeunes chercheurs. On a l’impression que faire carrière en France équivaut à un parcours d’obstacles dont on ne sort jamais. D’autre part, la recherche française pâtit de son manque d’attractivité sur le plan personnel et financier. Elle souffre de la fragmentation de l’organisation de la recherche entre l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), les universités, les centres hospitalouniversitaires… D’où la difficulté de faire une offre globale cohérente et rapide. ■ |