BPCO : une maladie en mal de reconnaisance

31/03/2005

Radio des poumonsBanalisée par les patients, méconnue des médecins, délaissée par les chercheurs, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) tue chaque année 15 000 personnes en France et sera la troisième cause de mortalité dans le monde en 2020. Il est temps d’agir !   


Faites un don en ligne ! L’utilisation d’un sigle pour en simplifier le nom n’y aura rien changé, la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) est encore bien mal connue. « La maladie est insidieuse car elle débute avec des symptômes d’apparence bénigne : une toux du matin, souvent grasse et un essoufflement à l’effort », explique le Dr Jorge Boczkowski. Du coup, les patients ne s’inquiètent pas. Or, avoir une toux chronique qui dure plus de trois mois réapparaissant de façon récurrente sur une durée d’au moins deux ans est signe de BPCO. Le diagnostic est simple et indolore, il consiste en une mesure du souffle. C’est le traitement qui pose problème. «Bronchodilatateurs, anti-inflammatoires ou fluidifiants bronchiques soulagent les symptômes sans freiner le développement de la maladie », déplore le Dr Boczkowski. Les causes de la maladie ? «L’inhalation de tabac et d’autres polluants. Elle entraîne une inflammation de la paroi des bronches qui s’épaissit et se rigidifie, laissant passer moins d’air. La destruction progressive des alvéoles pulmonaires aboutit à un emphysème », explique le Dr Boczkowski. La BPCO évolue ainsi vers une insuffisance respiratoire. À un stade avancé, les patients ont besoin d’oxygène, ou même d’un respirateur. Certains, particulièrement jeunes, bénéficient d’une greffe de poumons. La maladie est émaillée de complications : bronchites fréquentes conduisant parfois à l’hospitalisation, insuffisance cardiaque résultant du manque d’oxygène ou même cancer du poumon.

>  Une recherche insuffisante

Face à cela, que fait la recherche ? Elle n’avance pas suffisamment, faute de crédits et d’intérêts. « Seules trois équipes de l’Inserm et quelques équipes universitaires travaillent en France sur la BPCO, mais aucune équipe CNRS ne s’y consacre spécifiquement, et aucun appel d’offres n’a été lancé sur un thème propre à la BPCO », déplore Bruno Crestani (1). À la demande de la Direction générale de la santé, la Société de pneumologie de langue française a proposé en février un plan BPCO, destiné à améliorer la prévention, le dépistage et le traitement de la maladie, et à stimuler la recherche. Outre le soutien d’associations comme la Fondation pour la Recherche Médicale, Bruno Crestani espère qu’une partie de la taxe sur le tabac sera réservée à la recherche sur les maladies respiratoires, en particulier la BPCO. Une façon d’appliquer la règle du pollueur payeur.   

(1) Professeur de pneumologie à la faculté de médecine Xavier-Bichat (Paris)
et secrétaire scientifique de la Société de pneumologie de langue française.
Jorge Boczkowski INTERVIEW
Jorge Boczkowski,
directeur de recherche
à l’unité Inserm 700 « physiopathologie et épidémiologie de l’insuffisance respiratoire», faculté de médecine Xavier-Bichat, Paris.

> Pourquoi avez-vous choisi il y a trois ans de travailler sur la BPCO ?

Parce que tout reste encore à découvrir ! Et que mieux connaître cette maladie permettrait d’aider un grand nombre de patients.

> Quelles sont les voies de recherche ?
L’une des principales concerne le polymorphisme génétique. Connaître les gènes qui prédisposent à la maladie nous aide à comprendre le mécanisme par lequel la BPCO se met en place. Des recherches sont également lancées sur les mécanismes de l’inflammation, de la réparation des alvéoles, sur le rôle du stress oxydant…

> Laquelle avez-vous choisie ?
Nous travaillons sur différentes voies anti-oxydantes et pro-oxydantes qui sont dérégulées chez les patients. Par exemple, chez les personnes atteintes de BPCO, l’expression du gène de l’hème-oxygénase-1 (HO-1), un anti-oxydant, est diminuée. On essaye donc de voir si le fait de stimuler l’expression de HO-1 protège de l’inflammation et constitue une voie thérapeutique. Nous travaillons aussi, avec l’équipe de Bruno Crestani, sur la réparation alvéolaire. Il s’agit de mettre au point des traitements permettant de réparer le poumon détruit. 

ZOOMFaites un don en ligne !
90 % des cas dus au tabac !
Aucun doute n’est possible : le tabac est la cause principale de la BPCO en France. Plus de 90 % des patients atteints de BPCO sont des fumeurs. Ces derniers représentent donc la principale cible de la prévention. Arrêter de fumer permet de ralentir la progression de la maladie. Certains professionnels présentent également un plus grand risque, comme les agriculteurs ou les ouvriers de certaines industries exposés à des gaz ou des poussières toxiques pour les voies respiratoires. Enfin, la pollution atmosphérique participe à la maladie. Face au risque de BPCO, nous ne sommes pas égaux : « seuls » 25 % des fumeurs développent la maladie, probablement du fait d’une prédisposition génétique encore mal connue. Les femmes fumeuses sont particulièrement à risque.

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